Exploration de l'Aliou 2005

 

Jour J-1

Forts de la littérature de Norbert Casteret et d'une reconnaissance l'année précédente, nous partons avec tout le matériel de plongée à l'assaut du siphon terminal de l'Aliou. Le portage du matériel à travers champ fleure bon l'automne, l'herbe est encore verte et le soleil généreux.

Passé le porche d'entrée, tout de suite la rivière aveugle se fait profonde, et c'est en kayak que nous allons naviguer tout le long de cette croisière souterraine, transportant ainsi hommes et matériel. Quelques mètres après l'embarcadère, la rivière vire à angle droit comme pour se couper définitivement de la lumière du jour. Elle en profite pour s'évaser considérablement. Une fois ce premier verrou franchi, un vacarme assourdissant gronde. Est-ce notre passage qui réveille et met en effervescence une colonie effrayée de chauve-souris ? Ou est-ce l'occupation ordinaire de la vie de cet énorme essaim ?  Pourtant elles ne semblent pas inquiètes outre mesure puisque certaines restent immobiles la tête en bas, pendues par les pattes. N'y a-t-il pas plutôt de l'irritation dans leurs voltes serrées et audacieuses autour de nous, comme une réprobation envers ceux qui violent leur sombre méditation. Ainsi sur les  300 premiers mètres de cette longue artère aquatique nous traversons une importante communauté hyperactive de ces curieux mammifères volants. A mesure que nous nous enfonçons sous la montagne, le vol saccadé des chiroptères et leur corollaire, le guano nauséabond, se raréfient. Le silence rétablit peu à peu son droit. Les parois abruptes de la rivière ne nous laissent que rarement la possibilité d'accoster sur une berge.

Tout le long du parcours exondé, soit sur près de 700 m, les parois sont tapissées de mondmich dans lequel les étraves des canots griffonnent leur empreinte. Il s'agit d'une pâte blanche crayeuse et molle constituée essentiellement de calcite en voie de décomposition chimique. Nous pagayons sur les traces de Casteret. Au profit d'un rétrécissement de cette Venise souterraine, nous reconnaissons la fameuse Méduse, un monument stalagmitique soudé au plafond et baignant profondément dans l'eau avec de curieux plissements parallèles qui achèvent de lui donner l'aspect d'une méduse géante immergée. Au fur et à mesure de notre progression nous identifions l'Ile Vellas (nom de l'ancien propriétaire du manoir d'Aliou), l'Ile Elisabeth (prénom de la femme de Norbert) ou encore l'Ile Raoul (prénom de son fils aîné).

Doucement un bruit sourd et lointain s'amplifie. Puis c'est un fracas extraordinaire qui nous abasourdit. Sans la voir nous devinons une cascade. Derrière un dernier canal étroit juste à la taille de nos embarcations, un vent froid chargé d'embruns nous malmène. Des jets désordonnés, des rideaux liquides et diffus dégringolent de toutes parts. La rivière tombe de gradin en gradin sur des banquettes superposées. Nous libérons nos bateaux, les empilons à l'abri du courant et nous amorçons l'escalade en suivant le flux de la cascade pour arriver 15 mètres au dessus de la rivière dans la vasque d'un premier siphon. L'Aliou offre un curieux phénomène : le déversoir de la rivière est à plus 30 m, mais à mi-hauteur, une fuite, crache sous pression quelques dizaines de litres à la seconde. Ce qui a valu, par le passé, quelques confusions et des tentatives de plongées dans un siphon étroit et impénétrable.

L'escalade de trente mètres sous l'écume du torrent nous prend beaucoup de temps et d'énergie. En fin d'après midi, le matériel de la première palanquée est prêt aux abords de la vasque. Je m'accorde quelques errances : je suis là devant ce siphon mythique reconnu par F. Maurette jusqu'à -65m et franchi en 1984 par Hubert Foucart. Depuis plus de 10 ans je rêve d'être là où je suis. Trois cent quatre vingt mètres, ce n'est pas très long, même avec un point bas vers -78, et c'est ce qui me sépare de ce à quoi j'aspire : la Première. Derrière ce siphon une galerie exondée fait suite et tous les espoirs sont permis.

  

Jour J 

Michel P. se réveille avec une vilaine douleur au genou, suite à une chute anodine la veille dans une vasque, impossible pour lui de plonger ce matin. S'en suit un conciliabule pour savoir qui va le remplacer au pied levé. Finalement Sylvain est le plus filou à moins d'être le plus charitable et se dévoue. Vers 12 h, Sylvain et moi amorçons la plongée en suivant le câble métallique installé l'an dernier qui a bien résisté aux crues hivernales. Par contre le fil d'Ariane en nylon des 150 derniers mètres est délabré. Nous devons donc installer une nouvelle  ligne. Le dernier palier est déconcertant, le profondimètre indique -6 et pourtant à quelques 50 cm de moi j'ai une surface. Une cloche d'air sous pression s'est faite piéger par une rapide montée des eaux. Nous sortons de l'eau après une immersion de 60 minutes avec, pour chacun, un bi-20 dorsal, une 18 l de nitrox, une 9 l d'O2  et un kit (néo, chaussures, cordes, vivres, topo...)

La sortie du siphon se fait dans une salle immense, non sans rappeler les salles gigantesques de la Pierre St Martin. C'est un immense chaos instable avec de grosses dalles plates enchevêtrées les unes dans les autres et amalgamées à l'argile.

Tranquillement nous quittons notre vêtement sec au profit d'une humide, c'est aussi l'occasion de se délecter d'un délicieux blanc de poulet sous vide. Nous filons à l'assaut de cette salle décamètre et compas à la main. Sur les premiers mètres d'escalade, nous entendons le bruit de la rivière qui se fraye un chemin entre les blocs. Ce bruit s'amenuise pour disparaître assez rapidement dès que nous nous sommes élevés d'une dizaine de mètres. A un peu plus de 60 m de la sortie du SI, en contrebas de la salle nous accédons à un plan d'eau de 15 à 20 m2 : l'eau est claire mais le conduit en faille semble étroit.

Nous reprenons l'exploration vers le point haut de la salle (30 m au-dessus des plans d'eau), un réseau semi fossile très concrétionné attire notre attention. Nous essayons de progresser en amont sans succès, idem pour l'aval.  Nous dévalons plusieurs puits de 5 à 10 m avant de stopper dans une série d'étroitures. Il est à noter que toutes les concrétions sont scellées à même l'argile et que chaque prise est incertaine.

A 110 m du SI nous aboutissons sur un beau plan d'eau de 80 m2. Ce SII est très engageant, l'eau est claire et nous devinons sans mal le prolongement de la rivière en profondeur.

La plongée de ce nouveau siphon sera réservée à l'équipe du lendemain, nous poursuivons la progression dans l'axe général de la salle. Nous nous frayons un passage dans des chatières argileuses avant de renoncer sur un puits qu'il nous est impossible de franchir sans agrès.

Au final, cette salle (dans la partie explorée) mesure 160 de long pour 35 m de large et 50 m de hauteur.

Nous sommes ravis des résultats obtenus. A l'heure de se ré immerger, nous constatons que nous avions surdimensionné nos volumes de gaz et que nous pourrons revoir à la baisse notre harnachement pour les plongées futures.

Le retour s'effectue dans une eau laiteuse (2 à 3 m de visibilité) à cause du mondmich qui barde l'intégralité des parois du collecteur noyé. Mais les dimensions du siphon (4 à 5 m de section) s'accordent bien avec cette clarté médiocre.

Entre-temps, le reste des troupes n'a pas chômé, excepté Michel P. qui s'est reposé et fait dorloter dans l'espoir d'anesthésier son genou. Bobo et Kiki ont amené et préparé leur matos pour la plongée du lendemain, tandis que Michel G. et Gérald sont partis en reconnaissance dans un autre réseau de l'Aliou pour reconnaître un siphon encore vierge.

Jour J+1

Dès l'aube Michel P. teste sa douleur et décide de faire partie de la palanquée du jour pour aller plonger le SII fraîchement découvert. Dans l'urgence il réunit le matériel dont il a besoin et nous l'aidons à le transporter jusqu'à la vasque.

Bobo et Kiki sont opérationnels depuis la veille, tandis que Michel P. se démène avec le calme qu'exige un spéléonaute confirmé pour accélérer sa préparation.

Vers 13 h, tout le monde est enfin prêt. Kiki déplore une très mauvaise visibilité vers -20 et préfère renoncer. Bobo file VR3 (ordinateur prenant en compte les différents gaz de la plongée) au poignet, en 30 minutes il franchit le verrou liquide. Quant à Michel, il a du mal à trouver ses marques et son équilibrage. Dans sa bataille il abandonne sa néoprène avant de passer le siphon en 90 minutes avec des outils anté-diluviens (Table Doris).

Bobo s'impatiente. Quand Michel lui annonce qu'il n'a pas son vêtement humide, il peste contre lui-même : le plongeur initialement prévu pour le SII étant Michel, il n'a pas cru bon d'amener post siphon le haut de sa combinaison humide.

Ils se retrouvent ainsi derrière le grand siphon de l'Aliou sans pouvoir plonger le deuxième. Ils se résolvent à aller reconnaître ce SII en volume, ce qui n'est pas aisé et même, dangereux pour leur vêtement sec.

Participants 

BEYRAND Gérald, BOLAGNO Patrick (Bobo), CHAUVEZ Hervé, DOUCHET Marc, DOUCHET Maxime, GUIS Michel, MORE Christian (le Kiki), PHILIPS Michel et  RUFFIER Sylvain.

Remerciements à toute l'équipe des spéléos de Haute-Garonne pour leurs conseils et leurs coups de mains lors des portages dans la rivière.

Marc DOUCHET

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