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Accident Trémie

GROTTE DE LA TREMIE CALANQUE DE PORT-MIOU CASSIS -13

Dimanche 7 avril 17 h 45, de retour d'une plongée à PORT-MIOU, j'ai juste le temps de m'affaler sur un canapé, le tee-shirt maculé de boue, que le téléphone sonne : 3 plongeurs suisses ont disparu dans la grotte de la Trémie au cours de l'après-midi. Toute l'équipe se donne immédiatement rendez-vous à Cassis. Quarante cinq minutes plus tard, Patrick Bolagno, Christian Moré, Marc Renaud, Richard Jamin, Claude Touloumdjian et moi-même sommes rendus, les uns au PC de la Presqu'île, les autres à la caserne des pompiers pour organiser le gonflage des blocs.

A mon arrivée, je constate l'absence du Conseiller Technique Départemental. Renseignements pris, il n'a pas été averti. Je le fais prévenir par un spéléo de passage sur les lieux. L'accueil officiel n'est pas des plus chaleureux. Nous avons la désagréable impression de venir prendre un morceau de « gâteau » destiné aux sauveteurs déjà présents. Henri Cosquer nous le dira plus tard : « Nous sommes venus dans le jardin des gens de la mer ». Oui, mais voilà, les grottes  sous-marines ne sont pas leurs plates-bandes et SI elles l'étaient, ils les ont fleuries de pierres tombales.

Premier incident quand le chef des opérations de secours, M. Martini, nous dit avoir suspendu les recherches, jusqu'à nouvel ordre, en ajoutant, et c'est là où le bât blesse : « Ils sont en immersion depuis plus de 3 heures, maintenant il n'y a plus lieu de se presser ». D'où ma colère mal contenue sur un air connu : «  Jusqu'à preuve du contraire, les disparus sont vivants ... »

La première suspension des opérations a eu de fâcheuses conséquences, l'Armada de navires (pompiers, Société Nationale de Sauvetage en Mer, Clubs locaux ou curieux) qui mouillait aux alentours de la Trémie a cru bon d'abandonner le site pour se réfugier dans le port de la Calanque (environ 1 km) en attendant de nouvelles directives. Mais, vers 19 h 15, un promeneur essoufflé arrive au PC pour signaler qu'un plongeur est en perdition à la pointe de la Calanque. Présent lors de son témoignage et ne voyant pas de vives réactions au niveau des pompiers, je lui emboîte le pas, avec Marc Renaud. Bizarrement nous sommes les seuls à l'avoir suivi. Après quelque cinq cent mètres au pas de course jusqu'au bout de la Presqu'île, le chemin s'arrête net sur la mer. J'y vais? J'y vais pas ? A 250 mètres de là, un plongeur lutte en surface dans une mer agitée. Nous entraînant mutuellement et ne voyant aucune embarcation pouvant lui porter secours, nous nous jetons à la mer en tenue de ville pour une traversée longue, fraîche et salée. A mi-chemin, nous voyons le plongeur accoster et prendre pied sur un rocher à environ 200 mètres de l'entrée de la Trémie. Il nous dira avoir nagé prés d'une heure, en l'absence de bateau d'assistance. A 30 m du rocher nous voyons enfin arriver un canot rapide. Il se porte à la hauteur du plongeur. Promptement, les sauveteurs engagent  un dialogue avec lui et vont vite rejoindre le bateau de la SNSM qui fait route vers le site pour transmettre les informations. Pendant ce temps nous accostons sur le rocher. Le plongeur est bien un miraculé de palanquée des 3 suisses disparus depuis 15 h. Nous le réconfortons, nous aussi, et l'assaillons de questions

Ses premiers propos sont rassurants pour ses disparus, mais à mieux y regarder le mal est certainement déjà accompli. Quand il les a quitté (une heure avant, dit-il), ils étaient vivants, mais inconscients. Ils sont restés tous les trois pendant 3 heures suivant ses dires dans une cloche. Ses renseignements étaient peu précis et le reste de propos fort incohérents. Stéphane Lacassagne étai: état de choc (intoxication au C02, fatigue, abandon de ses amis, etc.).

Sa sortie inopinée et son témoignage a fait l'effet d'une bombe chez les pompiers. Tout s'est accéléré. Bobo et Kiki qui étaient restés à terre se sont vite préparés amenant avec eux chacun un bloc de 9 litres pour l'offrir aux disparus le cas échéant. Cosquer qui connaît bien le site pour y amener régulièrement des plongeurs en visite, nous a conseillé d'axer les recherches dans la petite salle concrétionnée en suivant le fil d'Ariane qu'il a même posé lors de la première tentative de secours vers 16 h 45.

Rapidement ils ont exploré le pourtour du fil dans visibilité nulle. Au terminus, à tout hasard, ils ont vidé une bouteille pour alimenter en air frais l'hypothétique cloche où pouvaient se trouve suisses. Entre-temps, M.R et moi-même sommes ­retournés à terre pour nous équiper et sommes venus renforcer la première palanquée.

A 20 h 10, Bobo et Kiki bredouilles et atterrés de l'être, nous font un rapide point de la situation. Nous ­décidons d'investir la grotte immédiatement pour une recherche plus méthodique. Bobo et moi formons la deuxième équipe. Pendant une heure, nous fouiller toute la grotte en insistant sur la salle concrétionnée, soit plus de trente minutes dans un moins de 150 m2 mais, un peu plus de 500 m3 c'est là le problème la troisième dimension est de trop, sans compter celle du temps. Rien, rien ! Nous sommes agacés par notre impuissance! Chaque seconde qui s'écoule nous retire un peu plus d' de les retrouver vivants

A peine le temps de faire le point qu'une troisième équipe, Claude Touloumdjian et Marc Renaud ­poursuit les recherches en vain. A leur sortie, vers 22 H 15, Henri Cosquer se propose très pressant de faire une nouvelle tentative. C.T, sans mettre formes qu'imposaient les circonstances, le lui interdira au nom de la sécurité et de l'efficacité. Dans les grandes lignes H.C plonge dans les mêmes conditions que les accidentés (techniques et équipement mer).

Tous les plongeurs spéléo donnent fermement raison à Claude sur le fond et nous mettrons un terme catégorique en faisant intervenir le Conseiller Daniel Martinez, qui, en tant que responsable des opérations souterraines refusera le risque du sur-accident.

Cette altércation nous vaudra une polémique médiatique où H.C. blessé d’avoir été écarté des opérations de sauvetage devant  les cameras de TF1, nous traitera entre autre de « Rambo ».

Un peu après c’est au tour de Christian Moré et Richard Jamin de poursuivre les recherches. Ils sortent sans plus de succès vers 2 heures du matin. Nous étions en face d'un cruel dilemme, soit continuer les plongées avec une visibilité zéro et des chances de réussite très réduites, soit abandonner quelques heures les recherches pour laisser la grotte décanter. Ce qui a pesé le plus dans notre décision fut à n’en point douter les propos du rescapé à sa sortie du caisson, qui nous a alors clairement dit qu'à l'heure où il avait quitté ses deux amis ils étaient inconscients et ne respiraient plus sur les détendeurs mais directement le gaz de la cloche. Ce qui ne nous laissait quasiment plus d'espoir.

Nous nous sommes donc donné rendez-vous à 6 h 30 pour une nouvelle série de plongées. Oubliant les avis des uns et des autres qui avaient polarisé nos recherches sur le coté gauche de la petite salle,  nous avons plongé cette fois-ci au feeling. De ce fait, nous découvrons rapidement les deux corps. Ils étaient dans une cloche sous pression à -5 mètres de profondeur. De 4 m sur 2 environ, sa hauteur ne dépassait pas les 20 cm. Les deux corps étaient côte, seule la femme avait encore  sa bouteille (vide) sur le dos, puisque le survivant avait utilisé une deuxième bouteille pour tenter sa sortie désespérée. Fin des opérations sur le terrain vers 10 h.

Les causes de l'accident sont évidentes : onze plongeurs en équipement "mer" sont rentrés en même temps dans une cavité sans fil d'Ariane, huit ont eu la chance de ressortir rapidement du piège où trois personnes se sont égarés dans une eau sans visibilité. Croyant fermement que leur absence déclencheraient rapidement une assistance et faisant confiance aux organisateurs de cette plongée catastrophe, les trois plongeurs suisses se sont réfugiés dans une cloche exiguë. Là, ils ont pu se parler et décider d'attendre sagement de l'aide. Décision qui aurait pu être payante, d'autant qu'environ deux heures plus tard ils ont aperçu les lueurs des lampes des premiers intervenants (dont Henri Cosquer) venus à leur recherche. Malheureusement, malgré le martèlement de leur bouteille, les lumières sont passées, puis reparties sans s'arrêter comme dans les plus angoissants des films catastrophe. La topographie des fils en place nous montrera que seulement 2,60 mètres les séparaient du fil d'Ariane.

Les secours officiels semblent avoir été prévenus tardivement (vers 17 h) et le SSF encore plus tard, 17 h 45. Trop tard certainement, pour avoir eu la possibilité d'intervenir avant l'irréparable. Bien sûr un certain nombre d'enseignements pourront être tirés de cette opération, en particulier la procédure de déclenchement de l'alerte SSF n'a pas été respectée, et la diversité des structures de secours en présence (pompiers, gendarmes, SNSM et spéléo) ont rendu les communications très difficiles entre personnes qui ne se connaissent pas. Mais cela n'a pas eu de véritables conséquences, sinon qu'une certaine tension entre les divers intervenants. Cela s'explique aisément par le fait que nous étions à cheval entre le monde de la mer et le monde souterrain.

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